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BRUNO MUEL : "De quoi je vous parle ? D’une utopie. De quelques dizaines d’ouvriers des usines Rhodiacéta de Besançon et Peugeot de Sochaux d’un côté, d’une poignée de cinéastes, réalisateurs et techniciens, de l’autre, qui ont décidé à cette époque-là qui n’est justement pas n’importe laquelle, de consacrer du temps, de la réflexion et du travail, à faire des films ensemble..."
CHRIS MARKER : "On avait quand même continué une activité parallèle, qui était celle d’un groupe de jeunes militants à qui on mettait entre les mains des caméras, des magnétophones, avec cette hypothèse qui, moi, m’apparaît toujours évidente : c’est que, nous, on sera toujours au mieux des explorateurs bien intentionnés, plus ou moins sympathiques, mais de l’extérieur et que, de même que pour sa libération, la représentation et l’expression du cinéma de la classe ouvrière sera son oeuvre elle-même. Et que c’est quand les ouvriers auront entre les mains les appareils audiovisuels qu’ils nous montreront à nous les films sur la classe ouvrière, et sur ce que c’est qu’une grève, et l’intérieur d’une usine. Mais on serait même dix mille fois plus malins, et moins romantiques, qu’on serait quand même limités par cette espèce de réalité cinématographique qu’on expérimente tout le temps, qu’on aille chez les pingouins ou chez les ouvriers, qu’évidemment on ne peut exprimer réellement que ce qu’on vit."
Extraits de La Charnière
CHRISTIAN COROUGE : "Je crois que ça a été un truc assez unique de réunir 25 ou 30 gamins qui arrivaient tous assez paumés dans une usine immense... et qui venaient se mettre autour d’une table pour discuter avec des gens d’un autre monde, des techniciens de cinéma, sur le thème : Comment faire pour créer autre chose ? Quelque chose qui soit différent par rapport aux médias. Faut pas oublier ce qu’est l’après-Mai 68 ! Vu de l’usine, nous on avait l’impression que les étudiants avaient fait un truc extraordinaire, comme si dans les usines, les jeunes ouvriers n’avaient rien fait ! On disait : “C’est pas parce qu’on est des prolos qu’on n’a pas une demande très forte d’apprentissage de plein de choses.”"
PAUL CEBE : "Sous la direction des photographes, opérateurs et spécialistes du son, les camarades de Rhodia réalisent des reportages-photos et leurs premières prises de vues. En mai 68, le groupe filme chaque jour avec la « super 8 » offerte par Godard et la « 16 » prêtée par Mario. Après mai cependant, le premier groupe se restreint. Il fallait s’y attendre : pour faire du cinéma militant, on se retrouve entre militants."