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Salle A.
Thème de la séance : LA CAMERA DANS LA PLAIE
Animée par Olivier Azam, réalisateur et chargé d’édition au sein de la coopérative Les Mutins de Pangée
A travers la projection d’extraits de films inédits à la télévision française, l’histoire « hors champ » de ces images, il s’agit d’ouvrir une réflexion sur diverses formes de censure et d’auto-censure et le nécessaire engagement des reporters et des cinéastes du réel qui veulent exercer leur métier dignement, malgré les contraintes et les risques encourus.
La séance s’ouvrira par l’étude du cas de René Vautier, le cinéaste français le plus censuré de l’histoire du cinéma.
Marqué par son expérience de jeune résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, René Vautier a participé à la réalisation d’environ 180 films courts et longs, depuis son premier réalisé à tout juste 20 ans : Afrique 50 (le premier film anticolonialiste français).
Fondateur du cinéma de l’Algérie indépendante, il est surtout célèbre pour son long métrage de fiction, réalisé sur la base d’entretiens avec des appelés de la guerre d’Algérie, Avoir 20 ans dans les Aurès, prix de la critique internationale au festival de Cannes en 1972*.
A l’exception de ce film, les réalisations de René Vautier ne sont jamais passées sur une chaîne nationale de télévision française (hormis, à la marge, sur la télé libre Zalea Tv, aujourd’hui disparue après avoir été interdite de diffusion hertzienne en 2007). La plupart de ses films n’ont pas obtenus les visas de censure indispensables à la diffusion au cinéma. Et dès le début de son parcours rocambolesque, René Vautier a été arrêté et emprisonnés par les représentants de l’Etat français de l’époque, pour avoir désobéi à un décret de Pierre Laval encore en vigueur dans les années 50… En fait, pour avoir filmé ce qu’il voyait et qui déplaisait au pouvoir de l’époque. Le cinéaste breton a persisté toute sa vie dans la même voie. Désormais, René Vautier a acquis le respect pour son œuvre anticoloniale, prémonitoire et institutionnellement reconnue aujourd’hui comme « courageuse et nécessaire ».
L’exemple de René Vautier pose plusieurs problèmes qui restent d’actualité aujourd’hui, bien que sous des formes moins violentes et moins directes :
– La notion de « point de vue renforcé » (comme il dit) ou l’engagement assumé par rapport aux sujets traités,
– le rapport des images au public et leur influence sur le cours des choses,
– le long chemin que ces images doivent parcourir à travers divers filtres médiatiques et politiques quand elles déplaisent au pouvoir,
– les énormes efforts que font parfois leurs auteurs pour contourner les obstacles et exercer la libre expression nécessaire à la vitalité démocratique d’un pays.
Ainsi, nous prolongerons la réflexion avec des exemples plus récents, dans une époque où naissent de nouvelles alternatives et de nouvelles problématiques, liées à l’utilisation massive d’Internet.
L’exposé se poursuivra par un dialogue avec la salle.